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Historique

L'hôtel du Barry

Par admin saint-sernin, publié le mardi 10 novembre 2015 17:52 - Mis à jour le mardi 11 septembre 2018 14:48

Source : Madeleine et Françoise Besson, Il était une fois Saint-Serninune place un lycée  : AELS, 1983, page 19-35 

 

Jusque vers la fin du dix-huitième siècle, l'histoire devient presque silencieuse, lorsqu'une famille honorable de la noblesse toulousaine fait parler d'elle. Originaire de Lévignac en Languedoc, le père, Antoine du Barry, capitaine au régiment d'Ile de France, chevalier de Saint-Louis, et Thérèse Lacaze ont eu six enfants :

trois fils :

  • Jean-Batiste dit le " Roué ".
  • Guillaume - 1732-1811.
  • Élie, " l'Honnête Homme " 1740-1820.
 
 

trois filles :

  • Marguerite  Élisabeth 1726-1808
  • Claire-Françoise dite Chon, morte en 1809
  • Jeanne-Marie-Marthe Bischi, morte en 1801

Jean-Baptiste épouse en 1748, le 8 décembre, mademoiselle Ursule-Catherine Dalmas de Vernongrèse.

     Il vit de missions et d'affaires plus ou moins louches, lorsqu'il décide de présenter au roi une de ses maîtresses Jeanne Bécu, qui va être à l'origine de sa célébrité et de sa fortune. Son frère Guillaume est célibataire; il imagine de le marier à Jeanne qui devient ainsi Comtesse, cette dernière devant pourvoir aux dépenses du ménage. Le mariage eut lieu à Paris où il avait emmené avec Guillaume deux de ses sœurs : Bischi et Chon. Cette dernière ne va plus quitter la Comtesse. À la mort de Louis XV en 1774, elle la suit dans son exil à l'abbaye de Pont-aux-Dames, dans la Brie, puis dans son château de Louveciennes. Ainsi, celle qui fit la célébrité de la famille n'a-t-elle jamais foulé les parquets de l'hôtel. Certains penseraient peut-être que l'on a aménagé pour elle le château de Reynerie.

     La mort du roi inquiète Du Barry. Après un voyage en Allemagne, il revient à Toulouse. Le 11 février 1776, il achète à Déjean de Roquemaure, maréchal des camps des armées du roi, les immeubles 5 et 36 et leurs dépendances place Saint-Raymond.

     Il s'agit " de deux maisons ", l'une grand à haut et bas étage, et l'autre basse, cour et jardin, le tout contigu, avec leurs circonstances et dépendances sans aucune exception ni réservation quelconque, situées au dit Toulouse dans la rue des Banquets et place Saint-Raymond... " .


"Plafond du grand salon", in Il était une fois Saint-Sernin, une place un lycée, page 31, cliché A.M.P.

     Le bâtiment étroit qui a une fenêtre séparant le n° 5 du n° 36 était-il construit par Déjean ? Si le cadastre de 1680 mentionne l'impasse, elle a disparu sur le plan Sajet de 1777. Mais il se peut que Du Barry ait dans l'intervalle 1776 - date de son achat - à 1777 - date du plan - fait réunir les deux maisons.

     Le 29 décembre 1776, il achète une autre " maison avec grange et jardin le tout contigu qui avait jour sur la place Saint-Raymond ".


"Porte du grand salon de l'Hôtel du Barry. Reproduction du livre Les Du Barry par Fauché-Magnan. Photo Patrick Lasseube",

in Il était une fois Saint-Sernin, une place un lycée, page 36

     Un acte du 24 juillet 1777 dans lequel Jean Du Barry reconnaît devoir douze mille livres aux héritiers du sieur Pierre Lasserre pour payer ses ouvriers, montre l'importance des travaux entrepris. L'acte mentionne : " l'hôtel qu'il fait construire place Saint-Raymond : Roques fournit le bois. Bellin refait " les ouvrages et menuiserie et parquets ". " Roland l'escalier de pierre et ouvrage de pierre ". L'hôtel proprement dit est délimité par deux pilastres embrassant sept fenêtres qui permettent l'harmonie de la façade.


"Dessus de porte de l'hôtel", in Il était une fois Saint-Sernin, une place un lycée, page 21

     Le 3 février 1778, il achète un terrain, probablement en profondeur, vers la rue de la Sérène (de la Chaîne). Enfin, en 1778, il loue la propriété de l'abbé de Saint-Sernin; elle donne sur la rue de la Chanoinerie. Il la transforme et l'achète en 1791. Elle va de l'hôtel à la rue Royale.

     Nous possédons d'intéressants récits de voyageurs étrangers en visite en France. Mrs Craddock, le 30 mai 1785 visite l'hôtel. Elle écrit dans son journal : " sur les murs de la troisième chambre, aussi élégamment meublée que la précédente, étaient suspendus quelques petits tableaux. Dans l'alcôve, un lit de soie verte; au milieu du ciel de lit un groupe de colombes et de fleurs; à la tête, un tableau représentant Vénus et Cupidon. La quatrième chambre, petite, avec de lourdes tentures, petits tableaux et surtout des émaux des plus rares sur une commode, et sur la cheminée des groupes de Sèvres et des vases de Chine. Dans un renfoncement, juste assez grand pour le contenir, un sofa en soie jaune citron admirablement brodé d'argent et orné de franges d'argent et de boutons de roses. Il est adossé à un mur disparaissant sous une glace, sur laquelle est peinte une belle femme en élégant négligé ; d'une main elle tient un livre, de l'autre un ruban enlaçant un oiseau qui s'envole. Cette peinture a été si bien conçue dans le but de tromper à première vue, qu'en entrant, on croit voir en réalité une femme couchée sur un sofa ".

     Après avoir décrit les collections du Comte, elle est éblouie : " jamais je ne vis une collection de si belles choses, et je crois même que ces appartements bien plus petits dépassent en luxe et en magnificence ceux de la reine à Versailles ".

     Arthur Youg , dans son voyage en France, de 1787 à 1790, montre également la magnificence de cette demeure. Écoutons son récit :

     " Au premier est un appartement complet, contenant sept ou huit chambres meublées avec tant de profusion et de dépense, que si un amant passionné, à la tête des finances du royaume, faisait faire des décorations pour sa maîtresse, il ne pourrait rien lui donner en grand qui ne se trouve ici en miniature. Pour ceux qui aiment l'or, il y a de quoi les satisfaire ; il y en a même tant que cela paraît trop chargé à l'œil anglais ; mais les glaces sont grandes et nombreuses ; la salle de compagnie fort élégante, la dorure exceptée. Je remarquerai ici une machine qui a un effet agréable, celui d'un miroir devant la cheminée, au lieu de ces divers écrans dont on se sert en Angleterre ; elle s'avance et se recule dans le mur de la chambre. Il y a un portrait de Madame du Barry que l'on dit être fort  ressemblant ; si cela est , on pardonnera volontiers à un roi quelques jolies commises à l'autel de tant de beauté. Quant au jardin, il est même au-dessous du mépris, sinon comme un objet qui peut servir à faire voir aux hommes jusqu'où la folie peut aller. Dans l'espace d'un arpent, il y a des collines de terre, des montagnes de cartons, des rochers de toile ; des abbés, des vaches, des moutons, des bergères en plomb ; des singes et des paysans, des ânes et des autels en pierre, de belles dames et des forgerons, des perroquets et des amants en bois, des moulins et des chaumières, des boutiques et des villages ; en un mot, tout s'y trouve, excepté la nature. "



La rampe, les guirlandes, les angelots et les trompe-l'œil, Don de Paul Mesplé, Musée du Vieux Toulouse, cliché de Patrick Lasseube, in Il était une fois Saint-Sernin, une place un lycée, page 29


     Paul Mesplé signale aussi que des témoins ont décrit : " L'ours placé à l'entrée d'une grotte de rocaille creusée aux flancs d'un monticule décoré pompeusement du nom de montagne et qui semblait en garder l'entrée ". Et aussi " La chapelle où un abbé, espèce de mécanique fort ingénieuse, avançait pour ouvrir la porte aux visiteurs ".

     "Les deux cabinets de verdure, gardés par des tigres ; dans l'un, une boutique de perruquier avec la figure du bailli qui se fait raser, dans l'autre la chaumière d'Annette et de Lubin au fond de laquelle minaudent les figures en terre cuite du berger et de la bergère. "

     Saint Amans, l'un de ces témoins, parle du mauvais goût qui caractérise ce lopin de terre et critique en particulier la copie du tombeau de J. -J. Rousseau que l'on a placée là.

     La fantaisie du Comte, nous le voyons, n'avait pas de limites. Veuf, il s'était remarié à soixante six ans avec une jeune fille de dix-sept ans, mademoiselle de Rabaudy. Le mariage avait été célébré en l'hôtel du Barry.

     Au début de la Révolution, nous le trouvons colonel en second de la Légion de Saint-Sernin. Mais arrêté comme suspect en 1793, il est guillotiné le 17 janvier 1794, place Royale, maintenant place du Capitole. Ses biens seront saisis et vendus comme bien nationaux.